• 25.03 Hind Shouffani et Ritta Baddoura - Dé[k]lamons

     

    25.03 Hind Shouffani et Ritta Baddoura Il faut d’abord la trouver, la MIR (Maison Internationale de Rennes). Il faut repérer le renfoncement. Il faut voir la cour intérieure. Au fond de la cour intérieure, il y a cette grande baie vitrée, cette luminosité. Il y a ce carré de verre où des gens se retrouvent, parlent, exposent. Lorsque l’on entre, s’offre à nous l’exposition photos de Pierre Roth. Le choix des armes ? C’est le nom de l’exposition. C’est une série de photos prises en Septembre 2014 en Syrie qui retrace le quotidien d’une troupe de combattants luttant contre le régime de Bachar Al Assad. Le choix des armes ? C’est aussi une question. Comment se défendre ? Quelles armes choisir et dans quel contexte ? Hind Shoufani et Ritta Baddoura ont fait leurs choix. C’est avec des mots qu’elles se battront ce soir, à la MIR. 


    Elles ont su se compléter… Hind auteure palestinienne à la chevelure rouge et à la longue jupe bigarrée, aux paillettes, là sur son visage, stellaires sur les pommettes, au regard doux qui pourtant, évoquera ce soir l’horreur de la guerre. Je comprends «food», je comprends «bomb», je comprends «intifada», évidemment. Claire Novak traduit l’anglais de Hind, mais Hind parfois, s’efforce de prononcer quelques mots de français. Porteuse d’un message de paix elle veut que chacun entende et comprenne, Hind, elle aime toutes les femmes d’Israel. 


    « J’ai un sentiment d’amour avec les femmes d’Israel ».


    Cependant, « Une boîte de thon pour chaque famille morte, une bougie pour chaque photo de sa femme perdue depuis longtemps », les fantômes sont partout dans les textes de Hind. Il y a le son de la guerre derrière chaque claquement de porte. 


    25.03 Hind Shouffani et Ritta Baddoura Et puis il y a Ritta, auteure libanaise d’expression française, très souriante, rieuse et pétillante. Ritta, elle ouvre grand les yeux pour capter chaque regard. Elle murmure, soupire, souffle de tout son corps, « J’ai mis ma langue à sécher dehors », « Je ne veux plus de la poésie et elle ne veut plus de moi ». Un mot d’ordre à l’écoute de cette lecture performée étonnante ; se laisser aller, suivre sa voix et l’accordéon qui l’accompagne, « des lettres et des syllabes je ne vois que le dos » « chez certains, la langue pousse sèche sans fleur ni fruit ». Parler étrangement. Oui, Ritta connaît. C’est d’ailleurs le titre qu’elle a donné à son dernier livre paru en 2014.


     « Avant, mes poèmes n’étaient pas très bien mais aujourd‘hui les sentiments sont dans mes poèmes » dit Hind dans un français joliment laborieux en conclusion de soirée. Elles se défendent, chacune avec les armes de sa propre langue, se retrouvant sur un point indéniable, les sentiments sont dans leurs poèmes. 

    A.F